La débâcle de Baccarat à Redon, juin 1940
Le départ des Anglais et l’arrivée des provisions
En juin 1940, à Redon, le départ précipité des Anglais marqua le début d’une période d’agitation inhabituelle. Lorsqu’ils quittèrent la ville, ils abandonnèrent derrière eux de nombreux stocks de nourriture et de provisions. Cette opportunité fut rapidement saisie par la population locale qui, pendant quelque temps, profita pleinement des conserves de Baccarat. Les habitants se jetèrent sur les corned-beef, les pois à la menthe et autres denrées, se livrant à de véritables festins qui, toutefois, causèrent bien des crampes d’estomac. Le fameux rhum fut également consommé avec excès, tout comme le célèbre tabac de Virginie, dont les volutes blanches emplissaient l’air.

Ruée et cohue sur la route de Baccarat
La nouvelle des stocks disponibles se répandit vite, et bientôt une véritable marée humaine envahit la route de Baccarat. On y voyait passer pêle-mêle bicyclettes, voitures à bras, brouettes, piétons de toutes corpulences, et même des automobiles roulant au pas. Tous ces habitants, désireux de profiter de la manne inattendue, se pressaient sur la route, dans un va-et-vient incessant.
Profiteurs et tensions dans la foule
Les réfugiés, eux aussi, bénéficièrent de cette abondance soudaine et se rendirent sur place dans l’espoir d’améliorer leur quotidien. Dans la cohue, chacun tentait d’obtenir sa part, poussant, bousculant, parfois se chamaillant ou se fâchant. Certains travaillaient, d’autres s’amusaient de la situation, tandis que les commerçants flairaient déjà l’occasion de faire des affaires grâce aux stocks nouvellement acquis. Cette agitation fit naître des jalousies, et bientôt, certains Redonnais dénoncèrent leurs voisins qui, selon eux, stockaient plus qu’eux.
L’intervention de la kommandantür et la razzia
Mais le tumulte prit un tournant dramatique lorsque la kommandantür fit son apparition. Sous ses ordres, une razzia organisée se mit en place : les soldats fouillèrent les habitations et raflèrent, à bord de grands camions, toutes les conserves de Baccarat qu’ils trouvaient. Le malheur s’abattit sur ceux qui avaient tenté de dissimuler leurs provisions, car des affiches furent placardées, exigeant que chacun rapporte au plus vite à Baccarat tout ce qui provenait de ces stocks.
Le retour des provisions et la fin de l’épisode
On assista alors, encore une fois, au défilé des charrettes, voitures à bras, brouettes et piétons, tous chargés de caisses à rapporter à Baccarat. Beaucoup, la mine basse, se résignèrent à restituer leurs précieuses conserves.
C’est ainsi que, une fois cette agitation passée,
la page de cet épisode se tourna à Redon.
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